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 Sarah Davachi

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Pierrou
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MessageSujet: Sarah Davachi   Sam 21 Avr 2018, 20:46

Du bon mauvais goût dans ses playlists pour la radio NTS
https://www.nts.live/shows/sarah-davachi/episodes/sara-davachi-16th-april-2018

Sa musique de doctorante en musicologie fan de synthés analogique ne reflète pas trop son amour pour les Bee Gees cela dit.
D'autant que parfois elle ne la joue même pas au synthé mais utilise de vrais instruments à la place.

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Pierrou
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MessageSujet: Re: Sarah Davachi   Sam 08 Sep 2018, 17:23

Sarah Davachi - Gave In Rest

Deuxième album de Sarah Davachi en cinq mois, et bien malin qui peut dire à quoi s’attendre de la part de cette théoricienne du son et musicienne accomplie, d’abord connue pour ses talents de synthésiste, avant de rapidement élargir ses horizons à l’exploration du timbre de tout un tas d’instruments (orgue, piano, voix), tantôt classiques, tantôt connotés rock - voire prog (le mellotron par exemple). C’est sur la fausse piste rock que nous lançait Evensong, premier extrait de l’album, diffusé cet été via des sites genre Pitchfork ou Vice. Le piano engourdi, la solennité des arrangements, tout nous rappellait, à première écoute, les fêtes blafardes qu’étaient les concerts « post-rock » du tournant des années 90, avec leurs projections de films 8mm de balades sylvestres en noir et blanc et leurs étudiants tristes. Coincé entre Nicki Minaj et les Arctic Monkeys dans l’actualité musicale du 23 juillet, écouté sur des enceintes d’ordi indignes de lui, Evensong n’a pas dévoilé d’emblée sa construction parfaite, ses empilements de résonances, le chœur de fantômes de sa géniale coda - autant de signes que Sarah Davachi n’a pas mis la moindre goutte d’eau dans son vin.Quelques jours plus tard, je découvre l’album complet, non pas sous la forme traditionnelle d’un CD ou d’un LP, mais par une playlist Soundcloud, avec ces représentations visuelles des morceaux par de petites enveloppes sonores stylisées, vous savez. Le plaisir musical commence donc avant même que j’aie appuyé sur « play » : là où votre mix stéréo 2018 habituel ressemble sur l’écran à une paire de Twix fraîchement sortis de l’emballage, avec leurs couches de caramel et de biscuit infailliblement et très fonctionnellement disposées sous le chocolat, la représentation graphique d’Auster, le titre qui ouvre Gave In Rest, se présente plutôt comme un tableau de Barnett Newman = une succession de blocs vibrants, barrés de silences aux contours divers. Le premier de ces blocs est une pleine minute d’un son étrange et dédoublé (ré4Xmi4), comme si vos oreilles se mettaient à loucher. On laisse l’air en molécules buller et bombarder les tympans, venant buter dessus en un chant vertical. L’auditeur distrait ou hermétique n’y percevra qu’une variation sur le signal de fermeture de portes du métro parisien - aux autres, la persévérance donnera accès, pendant les huit minutes qui suivront, à beaucoup d’autres sens des sons, que la musicienne fait évoluer par petites touches successives. Le signal RATP se trouve ainsi dupliqué en version plus grave, et plus graveleuse, le changement de fréquence s’accompagnant d’un changement dans le calibre des particules sonores. On apprend, en feuilletant le dossier de presse, que c’est un enregistrement de flûte filtré, trituré qui sert de base à ce morceau, OK... Bien d’autres instruments ont été utilisés et (mal)traités au cours de l’enregistrement de Gave In Rest. Les deux intervalles (l’aigu ré-mi, et le plus grave si-do#) alternent, dans des versions subtilement mais objectivement différentes, puis ils muteront encore - une fois dans des fréquences hautes vrombissant comme un essaim de guêpes, une autre un demi-ton en-dessous du son de départ, pour une dernière mise à jour à la dissonance plus veloutée - si tant est que le trouple oreille-oreille-cerveau humains soit à même de comparer le son émis à huit minutes et quelques avec celui du début. Les nuances entre différences occurrences d’un même son sont tellement subliminales qu’on se prend, sur l’ordi, à traquer les détails, avancer, reculer, « zoomer » sur tel ou tel morceau de morceau, tel un geek de série policière américaine sur une plaque d’immatriculation de van bleu ciel de dingo. On se sent invité à casser l’écoute linéaire type CD/canapé, pour privilégier une approche « hypertexuelle » de la musique - telle que rendue possible par l’outil informatique (mais tout aussi compatible avec une bonne vieille platine vinyle). En 1970, Eliane Radigue proposait déjà à l’auditeur d’explorer librement les événements sonores de son Vice Versa, etc., qui pouvait être lu à l’endroit, à l’envers, à différentes vitesses et selon différentes combinaisons de bandes, sans que l’une des versions soit spécialement préconisée. La démarche a été actualisée par Sarah Davachi pour les outils et les conditions d’écoute d’aujourd’hui, de la même façon que les peintres de notre siècle, abonnés aux galeries et aux musées, ne travaillent pas tout à fait comme les mecs de la renaissance dont les œuvres finissaient accrochées dans des cathédrales. Le titre suivant, Third Hour, avec sa forme fuselée de note de musique géante, à l’attaque douce et à l’extinction progressive, combine lui aussi immédiatement plaisir des yeux et plaisir des oreilles. Un do tenu à l’orgue d’église, majestueux et recueilli, est rejoint par sa tierce, puis par diverses notes de la gamme majeure. On tourne autour du son comme d’une pièce de musée, les harmoniques naturels si enveloppants, et les autres fragments à l’éclat un peu trouble, joués à l’orgue puis au violon, le font scintiller de mille façons, tour à tour captent l’attention, nous perdent et nous accueillent à la fois. Exploratoire, le spectre s’élargit, les sons superposés s’animent, s’alignent en mélodies. Le message est abstrait, mais la langue connue, Sarah Davachi ayant surtout puisé son inspiration dans la musique ancienne, notamment religieuse, pour composer ce nouvel album. L’hommage rendu aux maîtres du passé est un peu du même genre que les arabesques de néon jaune posées par François Morellet sur la façade du Musée des Beaux-Arts de Nancy, en référence aux grilles de Jean Lamour Place Stanislas. On reconnaît les codes, l’ancrage, la tradition, pourtant tout est neuf, idiosyncratique. L’ancien et le moderne se télescoperont encore un peu plus loin sur Gloaming (« Crépuscule »), où une volée de cloches de synthèse sonne comme une expérimentation ambient saturée de chorus, à moins que ce ne soit l’inverse – on l'écoute religieusement quoi qu’il en soit – avant de se figer en un rayon de jour finissant à l’incandescence paradoxale, aveuglante pour qui se laisse absorber par sa contemplation. Gloaming, comme Matins (« les Matines ») et les autres titres de l’album d’ailleurs, se réfèrent à des instants précis de la journée monastique, qui se trouvent être aussi des moments de transition (entre nuit et jour, jour et nuit, agitation et calme…). Le résultat est une musique fluide, changeante, imagée, variée, à l’opposé de l’image d’Epinal d’un drone uniforme/informe et abscons. Matins active directement les sensations d’un éveil, des sens ou de l’esprit, et les sons s’y déploient comme à travers un prisme, les notes de piano, les bois, l’orgue se reflétant les uns les autres dans un espace fréquentiel comme toujours incroyablement maîtrisé. Tout est précis, tout est beau, et on s’aperçoit vite qu’à l’échelle de l’album, les morceaux se répondent et se complètent eux aussi, pour offrir un panorama complet de l’état des recherches de Sarah Davachi, en même temps qu’un autoportrait impressionniste de cette artiste sensible qu’il est grand temps de suivre.
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